L’Hiver Chilien

L’Hiver Chilien

  La FEUQ déclare que le conflit étudiant est terminé. En effet, puisque les associations étudiantes sont parvenues à faire élire un parti progressiste qui promet d’annuler temporairement la hausse des frais de scolarité, une tournée générale de tapes dans le dos semble de mise. De plus, une écrasante majorité de québécois a été convaincue des bienfaits d’une politique sociale plus équitable et d’un abandon de la philosophie néo-libérale, assurant au nouveau gouvernement un long mandat qui sera assurément renouvelé aux prochaines éléctions. Et comme si ces bonnes nouvelles n’étaient pas suffisantes pour faire éclater votre cervelet, nous sommes à deux doigts, grâce à de judicieux investissements fédéraux, de découvrir la formule de la saucisse sans éclaboussures. P-A-R-T-Y.

Je sais pas si vous avez remarqué, mais ça brasse un peu partout à travers le monde. Des manifestations pacifiques qui sont matées dans le sang par des forces policières dotées d’un équipement qui n’a rien à envier à celui des militaires qui sont envoyés buter du paysan dans les régions pétrolifères. C’est un peu comme si un peu partout, les gens n’avaient plus envie d’exister simplement pour s’assurer qu’une minorité puisse éviter le labeur manuel sur plusieurs générations. Le système du 9 à 5 (les chiffres sont moins généreux pour le tiers-monde) ne s’applique qu’à ceux qui n’ont pas la chance de naître dans les quelques familles patriciennes qui, incidement, semblent pouvoir manipuler les règles du jeu afin d’être toujours gagnantes. C’est déjà crissement plate de jouer au Monopoly, mais si la banque triche en plus, moi je vais aller jouer à autre chose.

Regardez les chiffres. Une victoire aujourd’hui n’est qu’un détail quand on considère que l’opposant remporte cette lutte depuis tant d’années. Pendant que les manifestants marchaient pour empêcher la hausse des frais de scolarité, le gouvernement Harper passait un projet de loi qui allait faciliter la vie à tout ceux qui considèrent qu’une ressource est faite pour être exploitée et que les normes environnementales sont un obstacle au commerce. Tu bouffes mon pion, je prends ta reine mon grand.

Nous avons le privilège d’être citoyens dans un pays où ont été remportés plusieurs acquis sociaux dans le passé. Aujourd’hui, nous pouvons dépenser ces acquis pour maintenir notre confort individuel, ou nous pouvons aspirer à plus et essayer de sortir de cette meule grinçante qui considère tout comme une marchandise.