Normalité

Normalité

  Bon ça y est, l’angoisse les aggripe à la gorge et ils y portent la main pour caresser leur collier de perles, geste rassurant en ces temps difficiles. Montent aux barricades les membres du patronat et des classes plus aisées, dont la survie est très certainement menacée au Québec avec l’annonce des nouveaux paliers d’imposition. Raymond Bachand, monsieur “200$ pour tout le monde, c’est juste”, a même trouvé la force de prévenir le nouveau gouvernement que, et je cite: “Quand on a 32% du vote populaire, on devrait prendre la victoire avec modestie et agir en conséquence, et non agir comme si les trois quarts des Québécois nous avaient élu”. On peut lire un peu plus loin qu’il avait finalement réussi à se déconnecter complètement de la réalité de l’espace temps et que, ce qui normalement aurait dû être accueilli avec des toussotements du style “teu-heu-mange marde hypocrite” a plutôt été publié sans le contexte nécessaire dans les médias qui préparent déjà la tournée comeback du PLQ.

Sérieusement, Ô nobles protecteurs de la nouvelle bourgeoisie, arrêtez avec vos conneries. Peut-être que 3% des Québécois paie 30% de tous les impôts, mais ce sont loin d’être les seuls à travailler. En fait, beaucoup de gens travaillent beaucoup plus (souvent pour ce pôôôôvre 3%) et ne sont pas assez rémunérés pour en payer de l’impôt. Mais ils doivent s’acquiter des mêmes tarifs en électricité (ah ça, ça t’a jamais dérangé de les augmenter hein, mon crisse de farfadet d’Outremont?), le même tarif à la pompe et les même prix à la caisse de l’épicerie. C’est clair qu’ils ne sont pas dans la “vibe” saumon fumé-vin-fromage qui enchante présentement le Québec, c’est pour ça que les supermarchés offrent aussi un su-pe-rbe assortiment de nouilles déshydratées et de “repas” surgelés à prix abordables.

Tiens, j’aimerais bien voir Bachand et cie passer un mois avec le budget d’un salaire minimum, avec les paiements d’un logement (faut bien faire vivre les vieux rentiers) et des diverses factures reliées au fait de simplement vivre sur cette planète qu’il appelle le Canada.

Je me demande, à quel point on a assez d’argent pour s’en foutre, pour se dire qu’on ne perd rien à en donner plus pour que ceux qui n’ont pas la bonne fortune de naître dans des draps de satin puissent eux aussi aspirer à plus qu’une vie de labeur monotone et répétitif. À quel moment est-ce qu’on constate que les conversations à propos des investissements et des taux d’intérêts, c’est plate en crisse et qu’on aimerait mieux discuter d’art, de philosophie et de l’univers avec ses frères humains?

Remarque, peut-être aussi que les riches qui s’affichent existent simplement pour nous rappeller à quel point le matérialisme est une route tant grotesque que futile.