Le Nombre

Le Nombre

  Un des arguments qui revient souvent lorsque l’on discute de la récente indignation des “nantis”, c’est la notion qu’au Québec il serait consideré comme honteux d’être riche, que nous serions tout simplement envieux de ceux qui parviennent à se hisser hors de la fange de la pauvreté et de toute la médiocrité que cette situation pécuniaire implique.

Ma femme et moi avons vécu un an ensemble en Chine, dans la province du Hunan. Ce fût une année difficile sous bien des aspects qui m’a donné une bonne dose de respect pour le courage des Chinois. J’ai aussi pu apprécier une baisse dramatique du niveau de vie auquel j’étais habitué, et encore, je faisais partie, et de loin, des gens plus fortunés. L’argent n’a jamais vraiment eu une importance significative dans ma vie, mais là-bas, j’ai compris que le plus important pour l’être humain était son environnement. À quoi vous serviront vos milliards lorsque toute l’eau sera impropre à la consommation, lorsque l’air que nous respirons tous collectivement laissera dans vos narines une substance poudreuse noirâtre que vous aurez le plaisir de contempler en vous mouchant quotidiennement? Combien de temps pourrez-vous conserver votre humanité en enjambant les divers mendiants, enfants et vieillards, en regardant les animaux mourir péniblement dans l’indifférence la plus totale?

Aujourd’hui, je considère le matérialisme comme une déficience de caractère. Les vraies valeurs de l’humanité, la créativité, l’intelligence, la compassion, la solidarité, ont été remplacées par une espèce de tableau de scores un peu truqué. La grosse maison, la grosse voiture, la vie jet set, toutes ces fadaises nous sont vendues constamment par les médias comme étant la seule mesure possible de la qualité de l’individu. Hey, viens souper dans mon condo de luxe, viens voir ma cuisine en stainless, viens voir à quel point ma vie est vide de sens. Comment tu vas reproduire dans ta super cuisine le repas d’un homme qui fait lentement griller le poisson qu’il vient de pêcher dans la rivière, sur un petit feu de bois, tandis qu’il regarde le soleil se coucher sur un marécage où chantent les grenouilles. Ça va te prendre pas mal d’alcool pour compenser les lacunes de notre réalité, vive l’accord mets vins.

C’est un peu pourquoi, j’imagine, on assiste présentement à la consolidation de l’État policier. Les forces de l’ordre ont bien démontré que leur priorité était de défendre les biens matériels au détriment de l’intégrité physique de leurs frères humains.