Balance

Balance

  Il arrive un point, lorsque l’on prête moindrement attention aux médias et à leur narrative, où l’on devient complètement saturé et incapable d’en prendre plus. Peut-être est-ce le trop grand écart entre nos propres convictions et le modèle social qu’on essaie inexorablement de nous faire avaler à grand renfort de bien-pensance.

C’est un divertissement bien cynique par contre, de retourner quelques mois en arrière pour comparer les lignes éditoriales qui traitaient de la grève étudiante avec celles qui tentent de minimiser la réalité de la commission Charbonneau. Ainsi, on peut relire avec nostalgie le très intègre et pas du tout infâme épicurien de la bouse Alain Dubuc qui nous parlait alors d’un “braquage surréaliste” lorsqu’il s’agissait de faire commentaire sur les négociations entre les associations étudiantes et le gouvernement Charest (tsé un braquage, comme un vol à main armée, comme une activité criminelle violente). Aujourd’hui, il parle d’”angélisme” quand on veut faire plafonner les dons aux différents partis. Il nous dit même de manière assez candide ” la tradition voulant que les partis au pouvoir aient tendance à récompenser leurs proches ne changera pas beaucoup.” Wow, belle “tradition”, c’est ça la société que les policiers ont défendu avec vaillance en tabassant de l’étudiant dans les rues de Montréal, un patrimoine de vieux incontinents en costumes sur mesure qui s’échangent l’argent des autres avec toute la dignité d’un sac poubelle qui coule?

Parlant de ces nobles gens, l’ingénieur Gilles Surprenant a chanté sa complainte devant la commission. Il nous a bien assuré qu’il n’était pas “un méchant” (pas comme ces manifestants qui vont subir un procès parce qu’ils éxerçaient leur droit démocratique devant des policiers qui avaient envie de frapper sur quelque chose qui ne représentait pas le moindre risque -indice: pas sur le crime organisé). Monsieur Surprenant a même confié qu’il avait perdu autour de 300 000$ au casino, une façon selon lui de redonner une partie des pots-de-vin reçus à l’État. On aurait peut-être trouvé sa démarche légèrement plus honnête s’il n’avait pas aussi courageusement vendu sa maison de 350 000$ pour la modique somme de 1$ à sa propre fille. Ça c’était l’héritage a-t’il précisé.

Des crosseurs sans âme et sans envergure, déguisés en hommes respectables, il y en a à la pelle au Québec. Le problème à mon avis, c’est que la population en général réserve son ire pour les idéalistes qui brisent une fenêtre de banque, au lieu de profiter de la brèche pour se rendre à l’intérieur du batiment constater l’ampleur de l’arnaque dont elle est réellement victime.