La Réserve Seigneuriale

La Réserve Seigneuriale

  J’ai vu ce matin une courte vidéo amateur qui portait l’hilarant titre “La gogauche dans ses plus beaux atours”. Ce fut une brève et édifiante excursion dans une vision du monde partagée par une forte proportion de la population du Québec. Puisque ces bonnes gens, il faut le reconnaître, ont mis un réel effort dans leur mise en scène, je me suis dit que leur message devait revêtir pour eux une certaine importance.

Mais essayer de comprendre des crétins, ça devient pénible avec le temps. Surtout que malgré ce que ces charmants contemporains en pensent, le monde est complètement orienté dans la direction qu’ils affectionnent. Leur vision est rarement mise à l’épreuve puisqu’elle domine totalement les médias de masse. La mienne est sans cesse attaquée, par ces mêmes distributeurs de pensée unique mais aussi par ma propre critique philosophique. Parce qu’on a le droit et le devoir de douter de tout. Travailler et payer des impôts, c’est bien joli tout ça, mais est-ce que ça n’est pas justement dans l’optique de créer une société égalitaire que nous le faisons, où la notion même de traiter l’éducation comme une marchandise serait répugnante à tous ses habitants? Cela ne reviendrait-il pas à vendre des positions sociales?

Et la glorification du travail en tant que trait déterminant du “bon citoyen”, cela voudrait-il aussi dire qu’il vaut mieux accepter n’importe quel boulot, à n’importe quel salaire plutôt que de croupir dans le fameux “luxe” de ces soi-disant innombrables “bs” qui seraient la véritable plaie qui saigne la province depuis trop longtemps? Donc, à l’enfant dont les parents n’ont pas eu les moyens d’acheter une bonne éducation, on tend un balai en disant “rien n’est gratuit en ce bas monde”? Pendant ce temps, les bonnes familles bourgeoises pourront se payer une petite soirée bien arrosée à se gausser honteusement de ceux qui militent pour que notre civilisation mérite un jour sa désignation en tant que telle.

Poursuivez donc, fidèles auditeurs de radio poubelle, Martineauphiles et autres jambons. N’interrompez surtout pas vos moqueries pleines de toute la conviction de l’ignorance. Parce que derrière vos rires éraillés par l’alcool et la bonne chère, on sent le son humide de la peur, cette peur qui guide nos vies de singes qui ont quitté la forêt à l’aube des temps et qui n’en ont comme souvenir que cette frayeur des ténèbres où se cachaient les féroces prédateurs d’antan. Vous avez vu ceux qui ont osé se tenir debout en ce printemps, peut-être qu’un jour vous aussi vous en sentirez-vous capables. En attendant, gardez-bien votre droite.