Remember

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  Je n’ai pas étudié en droit. Je ne sais absolument rien de l’alinéa x du paragraphe y du code criminel. Je n’ai même jamais lu la constitution du Québec, encore moins celle du Canada. À vrai dire, ces textes laborieux qui sont la fierté de la magistrature, je m’en branle avec entrain. Pourtant, je suis ce qu’on pourrait considérer dans l’ensemble comme un bon citoyen, simplement en respectant la loi morale de base de toute société, celle qui n’est écrite nulle-part, celle que l’on apprend de l’éducation transmise par nos parents et de notre expérience avec l’autre, celle que les religions finissent toujours par pervertir et le système juridique, ignorer.

En effet, la loi sous forme de règles rigides peut être contournée pour autant qu’on en connaisse les failles. Un bon avocat saura recommander à ses clients la meilleure marche à suivre pour éviter d’avoir à faire face à la justice, les exemples en sont multiples. Voilà pourquoi certains ténors du crime organisé peuvent dîner tranquillement au restaurant sans être inquiétés le moins du monde, pourquoi certains témoins de la commission Charbonneau ont généreusement fait cadeau des fruits de leurs effractions à des membres de leur famille pour éviter la saisie, pourquoi un premier ministre qui ment et qui blesse par ses décisions peut tranquillement regagner une firme d’avocats où il pourra patienter quelques années avant de revenir sur la place public sous la forme d’un messie “lucide” qui nous guidera sans aucun doute hors du péril socio-économique dans lequel ses décisions passées nous auront fort possiblement plongés.

Aujourd’hui, un juge va rendre une sentence dans la cause de Gabriel Nadeau-Dubois. Qu’il décide de se montrer magnanime en ne punissant l’accusé que d’une longue diatribe condescendante à propos de l’importance du respect de la loi, ou qu’il décide de faire un exemple en envoyant ce jeune idéaliste moisir quelque temps dans un établissement pénitentiaire dont le rôle avoué n’est plus depuis un certain temps la réhabilitation de ses pensionnaires mais bien la satisfaction d’une soif de vengeance collective d’un peuple bête et méchant qui dans sa lâcheté méprise les forts, son jugement annoncera le retour d’une grande pénombre philosophique dans la province, ces mêmes ténèbres qui planent sur les États-Unis et le Canada depuis quelques temps.

Quand Salomon, dans le récit fantastique “L’Ancien Testament”, dit aux deux femmes qu’il tranchera le bébé en deux pour en donner une moitié à chacune, il n’accomplit jamais le geste en disant froidement “La loi c’est la loi”. Un véritable juge, pour mériter la distinction de son titre, doit, au-delà de la loi écrite, considérer la loi morale et cette loi est rudement mise à l’épreuve actuellement, par des gens qui connaissent les limites des règles et qui savent, contrairement à tous ceux qui ne font pas d’études en droit, comment tricher pour gagner. L’honneur n’est pas un simple rituel protocolaire, c’est un fardeau que l’on doit porter constament qui oriente inévitablement nos vies. Ceux qui l’abandonnent vont rarement retourner le chercher, c’est beaucoup plus simple de n’en porter que la parure.