Liberté

Liberté

  C’est difficile d’aimer son prochain. Il y a des prochains qui, à mon avis, opèrent à un niveau intellectuel qui laisse songeur. En lisant certains commentaires sur divers sites où l’on discute d’actualité, j’ai l’impression que l’internet existait au moyen-âge et que certains paysans aggressifs et gueulards ont décidé de bloguer leurs émotions mal maîtrisées en revenant d’une exécution publique. Je crois que beaucoup trop de gens confondent “justice” et “vengeance d’une populace bovine complètement abrutie par des années de téléviseur et de pensée critique atrophiée”.

On a beaucoup parlé d’intimidation pendant la crise étudiante, comme quoi les vilains rouges empêchaient leurs victimes verdâtres de suivre leur cours, pauvres anges. On en a parlé partout, à la télé, à la radio, damnés carrés rouges, si seulement la police pouvait leur faire un mauvais parti. La population, ces bonnes gens, en avaient marre des manifestations qui nuisaient à leur routine métro-boulot-dodo. En plus, pouvait-on vraiment se permettre de laisser les coûts universitaires en plan, surtout que ces pouilleux éduqués des sciences molles n’apportaient vraiment rien de tangible dans une considération utilitaire de l’individu.

Et Gabriel Nadeau-Dubois, ce petit morveux qui se croyait, fort probablement avec raison, plus intelligent que la moyenne. Il fallait bien le punir à quelque part.

Quand on est enfant, on regarde le monde des adultes avec l’idée que tout ira bien, que ces géants semblent posséder des pouvoirs magiques pour tout arranger, que nous sommes entre les mains d’êtres puissants qui connaissent les réponses à toutes nos questions. Puis on vieillit, on se rend compte que finalement, ils ne savent pas tout, même qu’ils ont menti, parfois. Mais le pire, c’est de devenir soi-même adulte et de contempler sa propre ignorance. De savoir que nos contemporains sont aussi stupides que nous et qu’il y a fort à parier que ça ne s’améliore pas vraiment avec l’âge.