La Fuite

La Fuite

  Je réfléchissait l’autre jour, que si d’aventure nous nous égarions dans un système dictatorial, les forces policières l’accepteraient sans sourciller, de même que la plupart des gens. Je me souviens avoir vu une vidéo qui montrait une intervention du service d’ordre contre quelques manifestants, avec une foule sur le trottoir adjacent qui applaudissait le joli travail de ceux qui garantissaient leur droit à l’abrutissement et à la consommation. Ça devait leur faire une belle pause divertissante entre deux magasins.

J’en étais dans ma vie, au début de cette année, à considérer la réalité d’un oeil absent, avec beaucoup de difficulté à interagir sincèrement avec les autres, préférant un certain isolement dans l’invisible. Puis j’ai vu des jeunes gens se lever devant des politiques injustes, et je les ai trouvés vraiment beaux. Ils étaient insolents et insoumis devant les visières glauques des chiens de garde de l’oligarchie. Grand pessimiste de nature, je n’attendais pas grand chose de cette insurrection, c’était malgré tout une ondée bienvenue dans le desert aride de nos existences.

Aujourd’hui, les forces du mensonge poursuivent leur travail de sape sur une population qui ne se lassera jamais de se faire mentir. On piétine la beauté au nom des illusions de la finance, une forêt, c’est un développement immobilier en attente, une montagne, une mine inexploitée. Et un enfant, c’est un petit tas de viande qui pourra, sait-on jamais, servir un jour.

Confronter les gens dans leur égocentrisme, c’est gâcher la fête, recevoir des regards noirs qui nous signifient clairement que peu importe l’absurdité de l’étendue de la débauche, nous le méritons bien. Nous le méritons tellement, parce qu’on a travaillé fort pour ça. La bouche dégoulinante du sang des animaux de plus en plus rares que nous cuisons pour tromper l’ennui, nous déblatérons sur les sujets les plus insipides, nous nous éloignons de plus en plus de notre dialogue intérieur pour succomber pleinement au bruit de notre vanité.

Mais je sais malgré tout que sous la cendre, il y a des gens qui sont beaux, qui flambent parfois, malgré tous leurs défauts.