L’Éducation

L'éducation

L’Éducation

  C’est difficile de formuler une idée abstraite. J’admet que la notion de payer pour acquérir une connaissance me dépasse complètement. Dans un absolu, on peut imaginer alors qu’un enfant se verrait refuser l’accès à certaines disciplines, faute de moyens. Ceux qui naîtront plus pauvres devront fournir un effort supplémentaire et s’endetter pour parvenir aux mêmes avantages que ceux qui ont l’immense bonheur de naître dans la fortune. L’on dira alors, très philosophiquement, et oui, mais la vie n’est pas juste.

La vie est injuste, parce que nous la rendons ainsi. On ne parle pas d’accident, on parle d’un système établi que nous refusons obstinément de changer, parce qu’il est à l’avantage d’une minorité parmi nous qui utilise une partie de ses revenus pour médiatiser positivement sa vision du monde. Clair qu’on ne parlera pas trop du 20% de Canadiens qui vivent dans la pauvreté, quand on peut faire de longs reportages sur l’euphorie que connaitront les gagnants d’une emission de téléréalité lorsqu’ils visiteront pour la première fois leur nouveau condo de luxe.

C’est l’obscène de notre société. Nous irons dilapider une véritable fortune pour célébrer la naissance de notre sauveur (parce que c’était un peu sa philosophie; souvenez-vous de son fameux sermon aux apôtres quand ceux-ci ont oublié d’acheter des gugusses en plastique pour son anniversaire. Ou encore, sa fameuse parabole au sujet de l’importance de se goinfrer et de se saouler pendant au moins une semaine sans se soucier de son prochain, parce qu’une fois par année, on le mérite bien). Pendant ce temps, ah ben au diable les pauvres, j’espère que les vedettes seront bien vêtues pour le gala du nouvel an.

Le pire, c’est que nous pourrions, assez facilement d’ailleurs, réorienter notre vision sociale. Réaliser que l’argent, dépensé pour combler un désir individuel, ne rapportera jamais autant que celui qui est investi pour l’amélioration du bien collectif. Franchir l’étape qui sépare l’humanité de son enfance égoïste et matérialiste de sa maturité philosophique et désintéressée, voilà un accomplissement à la mesure de notre époque. Il n’y a aucune noblesse à être une génération qui perpétue sans contester les traditions de ses ancêtres.