Étude pour Portrait de Stephen Harper

Étude pour portrait de Stephen Harper

Étude pour Portrait de Stephen Harper

  J’ai envie de peindre Stephen Harper. C’est compliqué en fait, même si ça semble simple. Comment capturer toute l’essence de ce majestueux personnage, son caractère subtil, la brève lueur d’intelligence qui vient illuminer son regard, à moins que ça soit un reflet (ah tiens oui, c’est un reflet). Comment concentrer en une simple image toutes les fines nuances indéfinissables de son charisme que ne réussissent qu’à percevoir les âmes vraiment pures qui le réélisent chaque fois qu’il y a une opportunité de se débarrasser de cet homoncule fétide?

Le premier ministre a décidé de couper dans le financement de la culture au Québec, ce qui est assez compréhensible puisqu’en général on évite de faire des toiles à la gloire de la monarchie britannique et autres fadaises qui excitent bien le conservateur moyen (par exemple, l’idée que le Canada a en réalité un passé fort glorieux parsemé de triomphes imaginaires sur notre voisin du sud). En fait, l’art et la culture seront financés, pour autant qu’ils soient porteurs de “bienfaits sociaux et économiques pour les Canadiens et leur collectivités”. Autrement dit, une belle culture insipide et bien sécuritaire qui va nous rassurer et peut-être, qui sait, nous divertir entre le Tim Hortons et l’église.

Alors moi, le futé renard, je me suis dit, mais qu’est-ce qui serait plus porteur de bienfaits économiques pour le Canada qu’une série de portraits (à but lucratif) du cher leader? Les jeunes pourront le télécharger dans leur portable et l’utiliser comme fond d’écran, les personnes âgées pourront s’asseoir sur la véranda et regarder à l’occasion vers la cuisine pour s’assurer que l’icône est toujours bien placée au-dessus du comptoir, entre le pot de biscuits rances et le grille-pain débranché. Je me vois déjà, essuyant une larme, en train de regarder son front gras et onctueux pendant qu’il se penche vers mon torse, son haleine chaude et chargée d’un parfum de beignes à moitié digérés qui envahit mes narines alors qu’il peine à épingler une médaille de l’Ordre du Canada sur ma belle chemise neuve.