Répression Rétrograde

Répression rétrograde

Répression Rétrograde

  J’ai regardé le documentaire “Dérives” cette semaine. Ce que j’y ai trouvé de plus répugnant, ça n’était pas le comportement des policiers, lequel je considérais comme tout à fait normal dans leur optique d’agent de répression (on ne s’habille pas en robot tueur pour aller discuter avec une foule désarmée); ça n’était pas non plus le discours venimeux des chroniqueurs déguisés en journalistes pour l’occasion, ça aussi ça s’inscrivait dans une logique de division sociale qui ne devrait surprendre personne à part les plus naïfs et/ou stupides d’entre nous. Non, ce qui m’a choqué, c’était le témoignage des femmes qui ont aidé à évacuer un blessé grave.

Devant l’indifférence des agents de la paix, ces femmes l’ont emporté, pour éviter qu’il soit piétiné, dans une rue résidentielle sur des terrains privés. Et là, on nous relate que les gens sortaient sur leurs balcons pour crier de partir, que les manifestants en déroute n’avaient pas d’affaire là.

Ah, le bel exemple de profondeur d’âme de ces bonnes gens qui pullulent au Québec, ces gens qui, au lieu de s’enquérir de l’état de santé de la victime, s’inquiètent pour leur belle pelouse bien fluorescente. Citadin, tu nous garantis un beau futur bien prospère. Un niveau d’humanité suffisant pour être fonctionnel, mais pas assez élevé pour faire une différence. C’est beau de voir ça fleurir au printemps, les arbres à jambons, bien luisants de nitrates si nutritives qu’on en sert à nos enfants. Et puisque la plupart des médias de masse appuient cette démarche individualiste, on a pas à en ressentir la petite honte généralement pertinente devant une telle lâcheté; après tout, on paye nos impôts, on consomme, on ferme notre gueule, pourquoi on aurait en plus à se soucier de notre prochain, surtout qu’il l’avait probablement bien cherché, ils sont tous comme ça les “crisse d’artisses de gratteux de guitares de carrés rouges”.

Ben toi mon bel adonis, je ne peux même pas dire que je te hais. Je ne te méprise même pas non plus. Juste un profond découragement, de savoir que toi et tes clones formez probablement la majorité de l’opinion dans la province. D’être bien conscient que je fais partie d’une minorité, d’une aberration dans ce système bien huilé. Mais ça n’est pas ma faute, je le ressens viscéralement, quand je vois ces images de brutalité et (de mon point de vue complètement débile) d’injustice, j’ai une montée d’adrénaline et une colère sourde qui me ronge le ventre. Je sais que je suis à quelques prescriptions de Prozac de le trouver tout à fait génial ton monde.