Chatons de Saule

Chatons de saule

Chatons de Saule

  J’ai vu rapidement passer un article de Jean-Jacques Samson, un des excellents chroniqueurs du fabuleux Journal de Montréal, le quotidien qui se lit si bien en dégustant une belle assiette de malbouffe (avec l’avantage de pouvoir y essuyer nos doigts bien luisants de graisse sans craindre de perdre le fil de la narrative). Celui-ci avance un titre bien intriguant, “les parasites de l’ASSÉ”. N’étant pas abonné au prestigieux tabloïde, je n’ai pas pu poursuivre la lecture au-delà de l’amuse-gueule qui était offert aux lecteurs où le bienveillant déchet nous indique que l’association étudiante (qu’il définit comme étant extrémiste et marginale) réussit comme Québec solidaire (on ne comprend pas trop l’amalgame mais j’imagine qu’entre une bouchée de poutine et une gorgée de Pepsi ça doit faire plus de sens) à “occuper une couverture médiatique disproportionnée par complaisance”.

Je me souviens avoir lu dans un journal alternatif américain un article à propos de ce que l’auteur appelait un discours éliminationiste (la croyance qu’un opposant politique serait l’équivalent d’un cancer qu’il faudrait éradiquer). Chaque fois que je lis une chronique qui généralise les “carrés rouges”, je me dis qu’on en est pas si loin. On utilise rarement le terme “parasite” pour parler d’un interlocuteur valable. En fait, un parasite, c’est quelque chose que l’on a aucun remords à écraser, à tuer, à éradiquer sous une belle grosse botte d’unité anti-émeute. Ah, c’était quelque chose l’an passé de voir le traitement médiatique des manifestations; on rationalisait toujours la brutalité policière (les pauvres choux, ils se faisaient insulter, ils étaient fatigués à un certain point d’être là comme des cons tous les soirs sans pouvoir se défouler sur quelque chose), on invitait des policiers à la retraite pour donner un autre point de vue quand les images étaient trop difficiles à justifier ou encore mieux, on n’en parlait tout simplement pas.

À la fin, il y a eu des élections et la démocratie a survécu de justesse, mais cette haine latente de ceux qui pensent différement demeure. Mais toi, celui qui se réjouit de voir un étudiant chevelu se faire malmener par un groupe de policiers, et si un jour ton enfant, ta fille, se retrouvait dans une de ces manifestations, parce qu’elle y a des amis, parce qu’elle est jeune, parce qu’elle a un coeur encore battant alors que le tien s’est désseché à force d’années; et si ta fille était blessée à la tête, si elle perdait un oeil, si un policier profitait d’une arrestation pour lui tripoter un peu les seins; et si on te disait en guise d’explication que tu n’avais qu’à mieux l’éduquer, qu’elle n’avait pas à être là, que si on a rien à se reprocher il ne nous arrive rien. Seras-tu de ceux qui ajouteront aux reproches, ou viendras-tu partager ma colère?