État de Droit

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État de Droit

  Il y a beaucoup de gens qui ont écrit cette semaine, à propos des arrestations dites préventives pratiquées par le SPVM. Beaucoup de commentaires pertinents, d’analyses judicieuses et de références historiques qui se sont ajoutées au dossier déjà passablement volumineux de l’état de l’institution policière au Québec.

Moi quand j’écris un texte, c’est ma propre pensée que j’essaie d’analyser. Je relis parfois et j’efface et je recommence parce que ça ne me semble pas être vraiment une représentation juste de mon émotion. Je dois avouer que ça devient difficile d’écrire et de partager, parce que je n’aime pas ce que je lis sur moi.

Je me rends compte que je hais cette sacro-sainte classe moyenne si imbue d’elle même, de ses préoccupations et de ses désirs. Je me noie dans mon mépris quand je l’entends s’autocongratuler comme si elle était l’accomplissement ultime de l’Histoire, comme si Dieu allait nous quitter en hochant la tête de satisfaction en voyant les belles rangées de maisons identiques avec le petit cercle bleu de la piscine au centre du carré vert de la cour bien clôturée. Je m’effraie, sachant que je m’isole et qu’il devient incroyablement difficile de participer positivement à un projet de société où je ne me reconnais plus depuis longtemps.

Les gens qui sont encerclés par les policiers et qui chantent dans la rue malgré tout, ils y croient encore, eux, à ce principe qui fait grandir la civilisation hors de ses limites de petites haines et de mesquineries. Je les regarde comme une ombre envie les voyageurs qui partagent un repas autour d’un feu de camp par une nuit d’hiver. Ils nous accueilleront tous; même après les coups et les insultes, ils pardonneront et le soleil se lèvera peut-être sur une humanité plus mature qui aura envie de léguer autre chose à ses enfants qu’une planète ravagée par la poursuite aveugle d’une croissance économique infinie.