La Bravoure

La Bravoure

  Lorsque l’on regarde les photographies du conflit actuel au Québec, ce qui saisit immédiatement, c’est l’éclat du regard des jeunes. Avec le temps qui passe, on vieillit, on fait beaucoup de compromis, on courbe l’échine devant un système hiérarchique grotesque où trop souvent, plus on s’élève, moins on est compétent. Chaque matin devant le miroir, on évite de croiser son propre regard; on le déguise d’une mince couche de cynisme quand on est pas complétement inconscient des réalités abjectes de ce monde, auquel nous contribuons pour assurer la continuité de notre propre train de vie.

Mais le regard de ces jeunes, il y avait longtemps que je n’avais pas vu cette flamme danser, cette audace, ce courage et surtout, cet avenir qu’ils envisagent différement, que nous avons cessé de voir, puisque le présent, plastique et sécuritaire, nous conforte suffisament pour que nous évitions le risque de risquer.

Je vous ai aimés quand je vous ai vus, défiants, devant ces rangées de policiers en armes, devant le crachat collectif médiatique, devant l’incertitude de vos contemporains qui échangent aujourd’hui trop volontiers les richesses sociales acquises au prix du sang de nos ancêtres contre une apparence de sécurité. Peu importe ce que le futur nous réserve, vous avez fait déborder le flot placide de nos consciences. Demain, plus personne ne pourra l’excuse “Je ne savais pas.”. Il faudra dire et assumer “Je savais, mais j’étais trop lâche.”