Seuls

Seuls

  Ô bien-pensants du Québec, cessez d’utiliser l’argument “c’est bien pire en Syrie”. Vous trouvez qu’on a pas un bel été? Vous vous plaignez le ventre plein, c’est bien pire sur Pluton. Surtout qu’en Syrie, si on veut faire un léger effort d’honnêteté intellectuelle, c’est une guerre entre un groupe armé, financé par le département d’état des ÉU, supporté par la Turquie, qui se bat contre l’armée et la police dans des zones civiles. De plus, arrêtez de faire comme si le Québec était le zénith de la civilisation occidentale et que ça valait pas la peine d’avoir une vision d’avenir. Que vous soyez pour ou contre, la souveraineté était un projet d’avenir. Les libéraux ont surfé sur la peur d’un changement, la peur de perdre des acquis, qui ont été largement perdus depuis, en grande partie à cause des politiques de ces mêmes libéraux. La province stagne dans les limbes du saumon fumé à chaque repas bien arrosé, à condition de déléguer l’avenir à ceux qui viendront lorsque nous ne serons plus, et encore, le mode de vie épicurien si cher à la nouvelle bourgeoisie n’est pas accessible à tous.

Maintenant, ils gênent, les manifestants. Ils sont violents, “il faut absolument dénoncer la violence, peu importe la forme qu’elle prend”, nous dit la ministre Christine Saint-Pierre, notre déléguée à la culture. Et bien soit, assez, la violente destruction du rêve de ceux qui ne naissent pas dans les palais de Sagard, assez la marginalisation de ceux qui croient que tous ont droit ici d’apprendre ce qu’ils désirent, même si ça ne rapporte rien sous l’aspect financier. Au moins ici, nous aurons le droit de naître et de vivre libres, libres de ne pas être de simples serviteurs qui se partageraient les miettes que leur maître daignerait bien leur laisser. Libres de se développer en tant qu’humains, sans que la faim et les dettes viennent les obliger à consacrer leurs heures d’éveil à regarder leur vie passer au service de l’enrichissement d’un autre.

L’argent n’est pas une mesure de notre valeur, cette valeur nous la prouvons par nos actes. Ceux qui marchent depuis si longtemps, sous les coups, l’indifférence et les menaces, l’ont déjà prouvée. À vous, ministres, à présent de le faire. Soyez honnêtes le temps d’un soupir, réfléchissez. Regardez l’état du Québec, regardez vos stratégies politiques douteuses. Vous avez à présent le pouvoir de briser le mur qui nous empêche de regarder au loin. Démissionez, dignement. Nous applaudirons sans ironie, car enfin dans votre assemblée, il y aura eu du courage. Vous serez à nouveau des nôtres, et nous pourrons enfin parler, d’égal à égal.