La Rue

La Rue

  Les chroniqueurs spéculent, il y a surenchère d’opinions à 5 sous pour expliquer la crise sociale qui secoue le Québec. Quelques thèmes chers aux lignes éditoriales très limitées dont jouit notre province reviennent, comme si la narrative n’avait pas la capacité d’évoluer hors de son cadre bien défini par l’intérêt financier qui l’impose: “ON ne peut plus se le permettre” “ON va devoir payer” “ON doit accepter l’austérité, pour les générations futures”.

C’est drôle, ça me fait penser aux produits à l’épicerie qui sont fiers de mettre sur leur boite “Sans Gras Trans”. Ouais, mais le même produit, il n’avait pas cette notice avant, et il en contenait des gras trans. C’est l’empoisonneur qui nous donne à boire en nous disant “fais moi confiance, maintenant, il n’y a plus de poison dans l’eau que je t’offre”. Les mêmes médias qui nous ont encouragés à voter pour certains partis, à investir dans les marchés boursiers, maintenant nous disent que ça ne fonctionne plus, qu’il faut faire abstinence. Ben ça a fonctionné pour vos patrons en tout cas. Eux ils n’auront aucun problème à absorber le choc d’une hausse des coûts en tout, surtout avec le tas de baisses d’impôts dont ils jouissent.

Ma théorie à moi, elle est gratuite; la crise se produit, parce que la génération qui s’est éveillée la première est une génération qui a grandi avec un accès à un flot continu d’information sur internet. Elle a rapidement apprivoisé la bête et a pu porter un regard sur le monde qui n’était pas restreint par la vision éditoriale des vieux médias. Elle s’est fait sa propre idée de la vie et elle a décidé qu’elle ne voyait aucun intérêt à vendre la sienne à rabais pour que de riches parasites puissent, de génération en génération, ne jamais connaître la sueur du labeur pour néanmoins récolter la majeure partie des bénéfices que l’existence peut offrir lorsqu’on a simplement la liberté du choix.

Pas un choix comme “ben, tu peux travailler au mcDo pour payer tes études en philosophie ou aller dans un domaine plus payant et t’endetter en sachant que tu vas pouvoir rembourser tout ça plus tard quand tu auras un emploi que tu n’aimeras pas nécéssairement mais qui te permettra de faire assez d’argent pour acheter des biens matériels qui te feront peut-être oublier pendant un temps que tu es en réalité profondément malheureux de ta condition”. Non, un choix comme “Tu es un humain libre, choisis ce que tu veux devenir, et nous t’aiderons à te réaliser, nous qui te précèdons.”