Bonne St-Jean

Bonne St-Jean

  Qu’est-ce qui s’est passé le 22 juin 2012? De gigantesques manifestations à Montréal et à Québec, en soutien à la cause étudiante, contre la loi 78 et le gouvernement Charest? Ben non voyons, ce qui s’est passé, c’est que l’horrible CLASSÉ à eu l’incroyable audace de laisser 5 personnes exprimer une idée lors d’une procédure démocratique. Et cette opinion hautement impopulaire auprès d’un public qui a depuis longtemps délégué son travail de réflexion à une poignée de chroniqueurs a été rapidement récupérée et instrumentalisée par les médias dominants pour renforcer une narrative boîteuse, c’est-à-dire que les étudiants ne seraient qu’une bande d’ingrats gâtés-pourris qu’il ne faut pas hésiter à punir de la manière la plus violente qu’il soit. La Presse a même poussé l’abject en publiant une estimation des dépenses causées par le vandalisme lors de manifestations qui se sont déroulées en Avril dernier (des vitres de chars, mes amis, DES VITRES DE CHARS!). Heille, qu’est-ce qui est arrivé finalement aux manifestants qui étaient dans le coma, qui ont perdu un oeil ou un bout d’oreille, ou autres traumatismes physiques et psychologiques? Ah, ouais c’est vrai, ça c’est l’aspect de la crise qu’on a choisi d’ignorer, ça s’inscrit mal dans votre ‘storytelling’ merdique.

Les femmes ont obtenu le droit de vote au Québec en 1940. Elles ont eu le droit de porter le pantalon sensiblement à la même époque. Le droit à l’avortement (i.e le droit de décider ce qu’elles font de leur propre corps) est venu en 1988, quoique ce droit soit à présent contesté à plusieurs endroits en Amérique (je ne vous parlerai même pas du reste du monde). Avant de cracher collectivement sur les militantes féministes, je vous invite à considérer leur point de vue: les libertés qui sont acquises à l’homme depuis toujours, les femmes ont dû se battre pour, et se battent toujours pour les conserver. L’histoire aime bien se souvenir de grands hommes qui ont inventé x ou y, mais elle oublie que ces hommes étaient libres de faire ce qu’ils voulaient, parce qu’il y avait des femmes qui étaient forcées de torcher derrière eux; facile de passer ta journée à philosopher, calculer, peindre, quand tu as quelqu’un qui doit, par la loi, se charger des tâches ménagères, élever tes enfants, te préparer à manger, gérer les dépenses du ménages etc. Et cette personne ne mérite même pas la moitié du crédit dans un livre d’histoire.

Et les humoristes, franchement, d’avoir laissé les médias se servir de vous pour écraser un peu plus le mouvement étudiant, c’est moche. Vous n’aviez qu’à hausser les épaules et répondre, on ne peut pas plaire à tout le monde. Mieux, rencontrer ces personnes qui s’opposaient à l’association entre vos groupes et discuter, échanger, comprendre. Mais j’imagine que ça aurait pris un certain sens de l’humour que vous ne possédez plus, à force de toujours rire dans la même direction.