Hue!

Hue!

  J’ai reçu ce matin le message d’une jeune dame qui désirait attirer mon attention sur la condition des chevaux qui tirent les calèches dans le vieux-port de Montréal. Comme j’étais déjà d’accord avec l’ensemble de son propos, je me suis dit que j’allais tout de même rechercher le point de vue de ceux qui souhaitent conserver cette institution sous la bannière du patrimoine.

Le problème, c’est que, si dans les années 1800-1900, vous étiez du bon coté de la barrière (ah, ce fameux 1%), vous n’avez que de bons souvenirs de cette époque bénie où l’on traversait la ville en calèche en se serrant contre son riche amant. Mais si vous étiez du reste (i.e. la population ouvrière francophone), je n’ai pas l’impression que vous vous sentiriez représentés adéquatement lors de ces petites visites guidées du passé glorieux de la domination britannique. Je doute fort que les cochers mentionnent qu’en ces années, les ouvriers devaient travailler des semaines de 60 heures et plus, 52 semaines par an, sans y gagner assez d’argent pour nourrir sa famille. Sa femme devait souvent aller travailler pour une fraction du salaire de son mari pour y parvenir, sans compter le labeur des enfants qui eux aussi devaient faire leur “juste part”.

Je crois qu’il est sain à l’occasion de remettre en question la tradition, surtout lorsque la plupart des gens en ont oublié l’origine. Il y a assez de moyens de transport à Montréal pour ne pas obliger les chevaux à trimer sous un soleil de plomb pour le simple divertissement des touristes. Personnellement, l’image poétique de la calèche du vieux-port, je la range à coté de la photo de la reine que je conserve précieusement au fond de la poubelle.