La Démence

La Démence

  Je vais vous avouer, je suis allé me coucher très tôt hier, pas vraiment écouté les émissions spéciales de la soirée électorale, pas particulièrement intéressé en fait. Un peu dégoûté par le pourcentage élevé de votes récoltés par le PLQ, je suis parti à l’annonce que, si la tendance se maintenait, le PQ formerait un gouvernement.

Ce matin, je me suis levé très tôt, pour aller travailler. J’ai demandé à ma femme à moitié endormie, et puis, le discours de concession de Jean Charest, c’était bien? Elle marmonne quelque chose, commence à expliquer, puis me dit, il y a eu un attentat contre Pauline Marois il y a eu un mort. Je n’y ai pas cru, elle m’a dit, tu sais pas à quoi t’attendre. En effet.

Toute la journée, j’ai pensé et repensé. Écouté avec un peu d’irritation les quelques questions stupides que certains journalistes ont posé à la nouvelle première ministre durant sa conférence de presse. J’ai pensé. Jean Charest se retire, voilà, quelques mots élogieux dans les médias qui l’ont supporté tout au long de son gouvernement. J’ai pensé.

C’est parfois difficile d’avoir le besoin d’exprimer son émotion par l’image. C’est quelque chose qui vous noue le ventre, qui remplace la faim par une autre, différente. De retour à la maison, j’ai discuté brièvement avec ma femme, pour lui expliquer que je ne soupais pas ce soir, que je voulais faire une image. Nous avons parlé du nouveau gouvernement, de ses promesses. Mais moi j’ai dit, je n’y crois pas à leur démocratie, ça ne me concerne pas. Ma femme patiemment m’explique les changements annoncés par la première ministre, le gel des frais de scolarité. Mais ils vont les augmenter plus tard. Finalement, exasperée, elle me demande, mais qu’est-ce que tu veux vraiment. J’y ai réfléchi un instant. Je veux que tout le monde soit beau, comme dans un roman de Saramago.